NITSAVIM 1973 :
Rampe de lancement du « sionisme communautaire à vocation sociale »
Nitsavim ! Un autre mot magique, gravé dans l'histoire du DEJJ à l'instar de Boltingen ou de La Tour de Mare.
Mais pourquoi ce nom a-t-il été associé à un rassemblement national si crucial ?
Nitsavim est le titre de l'une des dernières parachiot de Devarim (Deutéronome), le cinquième livre du Houmach (Pentateuque). À la veille de sa disparition, Moshé Rabenou rassemble les chefs des tribus pour leur rappeler que nul ne peut se délier de l'Alliance contractée avec Dieu. Il leur annonce qu'à la fin des temps, la fin de l'exil sonnera : le peuple d'Israël reviendra sur sa terre et ramènera la Providence en sa demeure.
Au DEJJ, Nitsavim, c’est le rassemblement national historique de 80 cadres du DEJJ en Israël. 50 sont venus de France, 30 vivants en Israël les ont rejoints. La délégation est conduite par Lynclair ; les délégués régionaux sont présents : Otarie, Boulette, Rikki, les Abitbol,..
Ils vont rencontrer durant une semaine dirigeants et intellectuels israéliens. De leurs échanges passionnés va germer l’idée d’ALEH DEJJ « ALYA LÉ EZRAT HaAM »
Ce premier rassemblement des cadres du DEJJ en Israël marque un tournant décisif et concrétise l’engagement sioniste du mouvement. Un événement inoubliable, organisé au cœur de Jérusalem durant les fêtes de Pessah, qui allait bouleverser l’année 1973.
Un programme exceptionnel au sommet de l'État
Le programme de ce rassemblement est tout simplement vertigineux. Les cadres du mouvement sont reçus à la mairie de Jérusalem par Teddy Kollek lui-même. Les jours suivants, les conférences s’enchaînent avec les figures marquantes de l'époque : Abba Eban, ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, ministre de l’Immigration et de l’Intégration, et Yitzhak Navon, alors candidat à la présidence de l'État pour succéder à Zalman Shazar.
Je me rappelle encore une discussion personnelle avec Yitzhak Navon. Présenté alors comme l'ancien secrétaire de Ben Gourion, il confiait ses
difficultés à percer en politique en raison de ses origines. Quelle ne fut pas ma joie de le voir accéder à la présidence de l’État d’Israël quelques années plus tard !
Entre ferveur, contestation et diversité
Le Seder de Pessah reste gravé dans les mémoires, célébré sous la direction spirituelle de notre maître Manitou, le Rav Léon Askenazi, qui en fit explorer les treize manières différentes de le mener – allant jusqu'à évoquer les traditions judéo-provençales.
Mais Nitsavim, c'est aussi une confrontation salutaire avec les réalités d'Israël. Le mouvement se rend à Katamon, un quartier alors défavorisé de Jérusalem où s'entasse une importante communauté séfarade, laissée-pour-compte par le gouvernement travailliste. Les cadres y rencontrent les leaders des « Panthères noires », ce mouvement de contestation sociale fondé en 1971 par de jeunes Israéliens originaires d’Afrique du Nord et du monde arabe.
Cette identité plurielle intrigue. La presse nationale se presse pour comprendre comment le DEJJ, premier mouvement de jeunesse juive de France, parvient à faire cohabiter si harmonieusement une large majorité de séfarades et quelques ashkénazes – que les premiers surnomment alors affectueusement les « vouz-vouz ».
Les figures de proue et l'élan d'Aleh DEJJ
De nombreuses personnalités proches du mouvement participent à ce moment charnière. Parmi elles, Élie Elalouf, ancien du DEJJ au Maroc, futur directeur général de la Fondation Rachi, lauréat du Prix d'Israël pour son engagement social et membre de la Knesset. Ou encore Haim Shiran, lui aussi issu des rangs du DEJJ, devenu une figure majeure de la télévision et de la scène culturelle israélienne, qui consacrera sa vie à la mise en valeur du patrimoine juif oriental (mizrahi).
C’est au cours de ce rassemblement qu’est évoqué, pour la toute première fois, le projet Aleh DEJJ
. Ce programme communautaire de préparation à la mekhina (formation) d'éducateurs socio-éducatifs allait se concrétiser dès le mois de septembre de la même année.
Nitsavim a été, en réalité, la véritable rampe de lancement du sionisme communautaire à vocation sociale, initié au DEJJ.
L'accomplissement
En septembre 1973, à la veille de la guerre de Kippour, la première promotion du programme Aleh DEJJ quitte Marseille à bord du dernier navire de la compagnie israélienne ZIM. Sous la direction d'Erik Cohenzl, ce groupe pionnier s'installe à Netanya.
En mars 1974, un voyage d'étude est organisé pour soutenir et encourager nos amis de cette première promotion. Pour leur redonner de l'énergie et resserrer les liens, nous avions gravi à pied Massada au lever du jour aux côtés de l'armée, avant de prier, tous ensemble, au milieu des vestiges de la synagogue antique.
Plus de cinquante ans après, le souvenir de Nitsavim 1973 résonne encore comme un tournant magistral. Bien plus qu’un simple séminaire ou qu'un voyage d’étude, ce rassemblement à Jérusalem aura été le catalyseur d’un engagement total, le moment précis où l’idéal sioniste du DEJJ s’est incarné dans le réel. Entre les sommets de l'État, la ferveur des enseignements de Manitou et la confrontation lucide avec les fractures sociales du pays, les cadres de l'époque y ont puisé une maturité nouvelle. En ouvrant la voie au programme Aleh DEJJ, Nitsavim n'a pas seulement marqué les esprits : il a tracé un pont indestructible entre la jeunesse juive de France et la terre d'Israël, gravant à jamais l'esprit de responsabilité et de transmission au cœur du mouvement.
Régine FINDLING-SHOUKROUN
DEJJ PARIS